Béchade: «Faire disparaître le cash c’est davantage de contrôle de la population»

La disparition de l’argent liquide au profit de moyens de paiement électroniques est de plus en plus discutée. Les statistiques le démontrent: dans les pays riches, on utilise de moins en moins de cash. Sputnik France a interrogé Philippe Béchade, président des Éconoclastes, afin qu’il nous livre son analyse de ce phénomène.

Cette fois, c’est le très sérieux The Economist qui s’y met. Dans une publication datée du 1er août, le magasine référence du monde économique appelle les pays riches à se préparer à la disparition du cash. Les cartes bancaires et la multiplication de nouveaux de moyens de paiement via les smartphones poussent les citoyens des pays développés à utiliser de moins en moins de cash.

Moins d’un tiers des paiements se font encore en liquide aux États-Unis. En Suède, les règlements en cash ont reculé de 80% en une décennie. En France, les paiements par carte bancaire représentaient 53% des transactions en 2018, selon la Banque de France qui assure que les paiements sans contact ont bondi de 82% en volume et 89% en valeur. La locomotive est en marche. Quels avantages aurait une disparition du cash? Pour quels risques? L’idée a ses défenseurs et ses détracteurs. Sputnik France a interrogé Philippe Béchade, président des Éconoclastes afin qu’il nous livre son avis sur la question.

Sputnik France: The Economist appelle les pays riches, dont la France, à se préparer à la fin du cash. Qu’en pensez-vous? Quels avantages auraient un tel phénomène?

Philippe Béchade: «Ils ont surtout rapport avec un certain confort. Celui de ne plus avoir la crainte de perdre son portefeuille ou de ne pas avoir les 10 centimes manquants pour faire l’appoint chez le boulanger. Utiliser une carte ou un moyen de paiement dématérialisé est très simple. Deuxièmement, l’on entend souvent que cela ferait disparaître l’économie souterraine. Il est clair que cela compliquerait le business des dealers. De même que celui du versement de pots de vins en billets dont les numéros ne se suivent pas. Mais aujourd’hui il existe des moyens bien plus créatifs de s’adonner à la corruption.»

Sputnik France: Et le revers de la médaille?

Philippe Béchade: «Concernant les inconvénients, le plus dangereux est celui de la vie privée. Plus personne n’en aurait puisque si l’on paie par carte, tout est enregistré, tracé et traçable par les organismes de cartes de crédit, les banques ou le fisc. De nombreux cas de gens malades préfèrent régler dans les pharmacies en liquide afin que les banques ne soient pas au courant de leurs éventuels ennuis de santé. Alors bien sûr, la production d’une carte vitale au moment du paiement les rend traçables par la Sécurité sociale. Mais pas par leur banque. Le cash permet encore une certaine forme d’anonymat vis-à-vis de son banquier. La disparition du cash rendrait les citoyens “profilables” avec une précision incroyable. Je pense que certains algorithmes arriveraient à en savoir plus sur nos habitudes de consommation et celles que l’on va adopter davantage que l’on ne le suppose nous-mêmes.»

Sputnik France: La monnaie physique a un coût pour les institutions financières, comme les fourgons de transport blindés ou les distributeurs de billets. Pensez-vous qu’elles mettent la pression au gouvernement pour un monde sans cash? En septembre 2015, le ministère français des Finances a été à l’initiative d’une loi visant à abaisser le plafond de paiement en liquide de 3.000 à 1.000 euros par exemple. La menace terroriste avait été évoquée…

Philippe Béchade: «Bien sûr. À chaque fois que les autorités veulent justifier une loi liberticide, elles évoquent la menace terroriste. Les réseaux terroristes font circuler des liasses de dollars de façon très efficace. Ce n’est pas les petites complications que l’on va créer au niveau de l’euro qui feront une différence. Évidemment, un tel argument fait taire les esprits faibles. Qui ne serait pas pour la lutte contre le terrorisme? Comme si une grosse opération se finançait à coups de 1.000 euros par ci et 1.000 euros par là. Je pense que derrière, il y a une véritable logique de contrôle de la population et non de lutte contre le terrorisme. L’objectif est de contrôler le mode des vies des gens et de les “profiler”. Et cela intéresse évidemment tous les Amazon et les Facebook du monde. La disparition du cash c’est surtout plus de contrôle de la population. C’est l’abolition de la vie privée.»

Sputnik France: Les Français sont moins attachés à l’argent liquide que leurs voisins suisses ou allemands. Pourrait-on voir une France pionnière en matière de disparition du cash?

Philippe Béchade: «Vous avez un État qui a pour ligne de conduite de contrôler la population, y compris par la terreur physique. Pour faire passer cela, ils vont essayer de nous vendre un exemple type Suède: “Regardez ce pays moderne et avancé socialement qui a quasiment aboli le cash”. Aujourd’hui, si vous sortez une grosse coupure en Suède, vous êtes immédiatement regardé avec suspicion. “Quel délinquant est-ce donc? ” Donc on va nous citer des exemples de pays qui n’ont pas du tout la même culture que nous, le même niveau de population, etc. Mais j’attends que les taux soient à 0,5 et que l’on commence à confisquer de l’argent sur les comptes et vous allez voir que, comme en Suisse ou en Allemagne, les déposants français vont vite retrouver un certain charme aux billets de banque.»

Sourcefr.sputniknews.com

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