Porter un hijab, ce n’est pas comme porter une croix ou une main de Fatima

Les comparaisons surprenantes du député Aurélien Taché résultent d’une profonde méconnaissance du fait religieux en France. Le hijab, étendard politique, n’a pas la même signification qu’une croix, qu’une main de Fatima ou qu’une kippa. 

Dans l’émission C l’hebdo, le 2 mars, le député LREM du Val d’Oise, Aurélien Taché, s’est une fois de plus tristement distingué en déclarant face à Zineb El Rhazoui : « Vous me posez cette question pour une jeune fille de 12 ans qui porterait le voile et donc qui serait élevée dans une famille musulmaneEst-ce que vous me poseriez la question sur une famille catholique dans laquelle on mettrait un serre-tête ou autre à une jeune fille ? Bien sûr que non. »

Cette comparaison absurde a été démontée simplement et efficacement par Lydia Guirous, puis par Marlène Schiappa qui a repris le même argument : « Aucune femme dans le monde n’a été lapidée parce qu’elle refusait de porter un serre-tête. »

Mais M. Taché ne s’est pas contenté de cela. Il a dit aussi « Les droits des femmes on peut en discuter, évidemment, c’est un sujet important, essentiel, mais les droits de ceux qui croient aussi, en France, […] et qui sont musulmans, on peut en discuter parce qu’il y a quand même un sujet. »

« Je suis un homme politique, je n’ai pas à savoir ce que dit le Coran »

Je rappelle que la religion est un choix, n’en déplaise aux islamistes, et que l’appartenance à une communauté religieuse ne peut donc en aucun cas être mise sur le même plan que l’appartenance à un sexe biologique ou à une ethnie. Je rappelle aussi que la France garantit les droits des musulmans, y compris en matière religieuse, bien mieux que n’importe quel pays musulman ne garantit les droits des musulmans appartenant à une branche localement minoritaire de l’islam. Et on pourrait parler des droits des non-musulmans en terre d’islam, et d’une évidente exigence de réciprocité, évidente mais pourtant dramatiquement ignorée.

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Barbara Lefebvre a fait une très belle analyse de la cohérence idéologique sous-jacente aux prises de position de M. Taché, et David Desgouilles met à juste titre en évidence la fracture à ce sujet au sein de LREM. Nos confrères de Marianne ont donné la parole à un autre député LREM, François Cormier-Bouligeon, et appellent eux aussi Emmanuel Macron à prendre enfin position : République ou communautarisme ? Valeurs assumées ou relativisme nihiliste ? Le sujet est trop important et les enjeux trop lourds pour permettre le « en même temps », et il devient impossible de faire confiance à quelqu’un qui louvoie systématiquement sur un tel sujet.

Un point cependant me semble avoir été trop peu évoqué jusqu’ici : c’est la profonde méconnaissance du « fait religieux », dans toute sa diversité, que prouvent les positions d’Aurélien Taché et de ses soutiens. Or, compte-tenu de la sensibilité croissante des tensions qui parcourent notre société autour de questions liées aux religions, en particulier l’islam, un tel degré d’ignorance – ou d’hypocrisie – devient extrêmement dangereux, en particulier lorsque l’ignorance est érigée en système : « Je suis un homme politique, je n’ai pas à savoir ce que dit le Coran ou ne dit pas le Coran, ce n’est pas le sujet », déclare ainsi M. Taché. En son temps, Christophe Castaner avait bien osé le « voile catholique », ce qui ne l’a pas empêché de devenir ministre de l’Intérieur, donc chargé des cultes… Lire la suite :

Sourcecauseur.fr

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