Droite : quelle majorité électorale pour 2017 ?

Publiée dans Nouvelles de France : http://www.ndf.fr/poing-de-vue/26-11-2014/droite-quelle-majorite-electorale-pour-2017#.VHno7ostuvJ

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Dans deux ans et demi, aura lieu l’élection présidentielle de 2017. A la mi-temps du quinquennat de François Hollande, se pose la question de savoir sur quelles thématiques et quel socle électoral elle se jouera à droite.

L’identité : cœur du nouveau bloc historique

« Le clivage gauche/droite a disparu. Demain, le clivage sera identitaire » prophétise Eric Zemmour, se basant notamment sur les travaux du géographe Christophe Guilluy et son dernier livre, La France périphérique. Comme l’analyse très bien la blogueuse Gabrielle Cluzel, cette défense de l’identité se déploie selon deux thématiques : la famille et la nation. A chacune d’entre elle correspond une sociologie et un positionnement politico-historique distinct.Comme le montre le politologue Gaël Brustier dans son dernier livre Le Mai 68 conservateur, le thème de l’identité est au cœur du phénomène de La Manif pour Tous à travers la défense de la filiation. Apparue politiquement en 2013, la mouvance LMPT est assise sur « la France la plus catholique », sociologiquement localisée dans la petite et moyenne bourgeoisie, votant majoritairement jusqu’à maintenant pour l’UMP et ses satellites (Parti Chrétien-démocrate, UDI, MPF). Pour reprendre la classification de René Rémond, ainsi que son postulat selon lequel la droite légitimiste est électoralement marginale depuis la fin du XIXe siècle, cette mouvance est essentiellement une émanation de la droite orléaniste, catholique et bourgeoise.

« En nous incitant à prendre les décisions de bon sens trop longtemps repoussées, la crise actuelle nous donne une chance de ne pas avoir honte plus tard devant nos enfants. »

Le thème de l’identité nationale est présent de manière significative dans le débat publique depuis son usage par Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007. Sociologiquement localisés dans les couches populaires dont Jaurès disait que « n’ayant plus rien, la Patrie est leur seul bien », c’est au Front National que se trouvent ses soutiens les plus fervents. Toujours selon Rémond, ceux qui en font un sujet prioritaire constituent la droite bonapartiste, populaire et patriote.

La question de l’attractivité électorale

Comme rappelé par le politologue Patrick Buisson, « la question n’est pas celle des alliances, mais celle de l’attractivité électorale ». Concrètement : au vu de l’impossibilité structurelle d’alliance entre l’UMP et le FN, la problématique pour chacune de ces composantes de la droite est de se positionner sur une ligne idéologique permettant d’attirer l’essentiel des électeurs de sa concurrente. Comme vu au paragraphe précédent, c’est le thème l’identité qui constitue le point de pivot entre les deux électorats.

De manière schématique, l’UMP promeut une ligne européiste et la protection de la famille via la mouvance LMPT, tandis que le Front National défend une ligne souverainiste et de protection de l’identité nationale. Dans les deux cas, le second thème est compatible avec le concurrent, tandis que le premier y est opposé. Une stratégie « d’attractivité électorale » consiste donc à mettre en avant le second thème du concurrent dans son programme, et a contrario d’ignorer le premier. Cette stratégie est celle mise en œuvre par Nicolas Sarkozy lors des campagnes présidentielles de 2007 et 2012, effectuées sur une ligne conservatrice et pro-européenne, assortie du thème de l’identité nationale destiné à faire basculer l’électorat FN. Cette stratégie a été gagnante en 2007 et a échouée de peu en 2012, après que l’électorat FN rallié eût compris qu’il n’était pas possible de traiter les conséquences des problèmes dénoncés sans traiter la cause européenne, les plus mauvais reports de voix à cette élection venant logiquement de la frange souverainiste du parti.

De manière symétrique, une stratégie d’attractivité électorale visant à constituer un bloc majoritaire autour du Front National consisterait pour lui à mettre en avant au coté des thèmes souverainistes et d’identité nationale celui de la défense de la famille vu sous l’angle identitaire. Ceci afin de permettre le basculement de l’électorat libéral-conservateur de l’UMP tendance LMPT, tout du moins de la partie prête à privilégier le conservatisme sur le libéralisme. C’est tout le sens du positionnement d’un parti comme le SIEL, dont le président Karim Ouchikh vient de réaffirmer l’alliance avec le FN au sein du Rassemblement Bleu Marine, et dont la majeure partie des candidats aux élections départementales de Mars prochain seront issues de la mouvance LMPT.

Crédibilité dans la détermination

Comme analysé par Eric Zemmour, le spectre politique français est en voie de reconfiguration. L’opportunité pour le FN de devenir le pivot d’une majorité à droite au détriment de l’UMP est d’autant plus forte qu’au sein de l’électorat de droite global, la tendance souverainiste progresse (l’électorat populaire vote de plus en plus à droite), tandis que la tendance européiste régresse (les cadres votent de plus en plus à gauche).

En plus de cette évolution sociologique, le Front National et ses satellites sont portés par la radicalisation de la droite française, en particulier au sein de la « France la plus catholique » à l’origine du mouvement du printemps 2013. L’échec des listes Forces Vie portées par l’ex-ministre chiraquienne Christine Boutin aux élections européennes de Mai dernier aura montré que sur un plan électoral, cette sociologie est davantage en demande de radicalité que d’un programme purement centré sur les questions de mœurs. En présence d’une gauche n’ayant plus de projet hors des droits individuels, et n’en déplaise à un Henri Guaino parfaitement lucide, le clivage politique français sera de plus en plus entre ceux qui sont prêts à trancher les nœuds gordiens et les autres, entre ceux qui sont prêts à payer le prix du changement et les partisans de facto du statu quo.

Conclusion : l’opportunité d’une rédemption

« Ce n’est pas le modèle économique de la France, c’est son âme qui est atteinte » rappelait Eric Zemmour, exprimant cette vérité que la crainte de la dérision incite trop souvent à garder pour soi. Comme montré par le psychiatre Guy Corneau dans son livre Victime des autres, bourreau de soi-même, l’effet positif d’une dépression est de permettre à l’individu qui en est victime de « lâcher prise » et de renouer avec son essence profonde. En nous incitant à prendre les décisions de bon sens trop longtemps repoussées, la crise actuelle nous donne une chance de ne pas avoir honte plus tard devant nos enfants.

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